Les décors oubliés
Eugène-Louis Carpezat nait le 4 novembre 1833 à Paris au 116 de la rue du cherche-Midi dans le 10 ème arrondissement ( actuel 128 du cherche-midi dans le 6-éme ). Il a 6 ans de différence avec son frère aîné François qui deviendra Sculpteur et 8 avec sa cadette Eugénie qui sera institutrice et épousera M. Gruyer, un autre décorateur.
A 16 ans il rentre à l’école nationale spéciale de dessin, mathématiques, architecture et sculpture, ancêtre de l’École National des Arts décoratifs située au 5 rue de l’école de médecine. Présenté par M. Belloc, directeur de cette école il intègre à l’âge de 19 ans les classes de l’école nationale supérieure des beaux-arts. Un an après il ne figure plus dans les dossiers.
De 1859 environ à 1870 il vit en Espagne et y rencontre Catalina Ortiz avec qui il aura deux enfants.
A son retour à Paris il fut l’élève puis le collaborateur de Charles Cambon. A la mort de son maître en 1875, il reprend son atelier situé au 152 quai de Jemmapes avec pour commanditaire, l’aîné des deux frères Lavastre, Antoine. Ils quittent celui-ci pour s'installer au 50 boulevard de la Villette dans le 10 ème arrondissement. A la Mort d'Antoine en 1883, Jean Baptiste Lavastre et lui réunissent leurs deux ateliers et cette association dure jusqu’à la mort de Lavastre en 1891.


Nana Sahib - Théâtre de la Porte Saint Martin 1883
De 1876 jusqu’en 1909, Carpezat fut l’un des décorateurs attitrés de l’Opéra, travaillant seul ou en collaboration avec Lavastre jeune, Rubé et Chaperon. Ce fut de l'atelier Carpezat que sortirent les décors du deuxième acte de Robert le Diable, le premier et le quatrième acte de Don Juan, le troisième acte des Huguenots, le deuxième de Guillaume Tell, le premier et le troisième de l'ancien Faust, le troisième de La Juive, le premier et le deuxième tableau du deuxième acte d'Hamlet, le premier acte de L'Africaine, le quatrième acte du Roi de Lahore, le troisième de La Muette de Portici, le quatrième de Polyeucte, le troisième de Yedda, le premier et le deuxième tableaux du premier acte du Cid , le troisième acte de Roméo et Juliette, les décors d'Ascanio, le quatrième acte du Mage, le premier et le troisième actes de Lohengrin, le deuxième acte de Thaïs ; Il fit également des décors pour d’autres théâtres parisiens, en particulier pour l’Opéra-Comique (Mireille, Manon, Werther), les Variétés, le Théâtre de la Porte Saint-Martin (Théodora, la Tosca, Cléopâtre, Cyrano de Bergerac), la Gaîté (Hérodiade de Massenet), les Bouffes-Parisiens, l’Athénée, le Théâtre-Français.

En 1886 il fait l’acquisition d’une maison de villégiature à Mery-sur-Oise.
En 1889 sous la direction de l’architecte M. Bouvard il effectue en collaboration avec J.B Lavastre la décoration du dôme central du pavillon des arts libéraux et le spectacle « L’ode triomphale » d’Augusta Holmès au Palais de l’industrie joué les 11, 12, 14 et 18 septembre 1889.

Ode Triomphale au Palais de l'industrie pour l'exposition universelle de 1889
En date du 24 décembre il est élevé au grade de Chevalier de la légion d’honneur.
En 1892 le 23 septembre il décore pour la fête du centenaire de la République
« le char du triomphe de la république », représentant le vaisseau de la ville de Paris dominé par une immense statue de la république.
En 1893 il régularise sa vie commune en épousant Catalina Ortiz pour la reconnaissance officielle de ses deux garçons. A cette époque la famille habite au 8 de la rue Renault dans le 11e arrondissement ; le 9 aout 1900 sa femme Catalina décède.
Pour l’exposition universelle de 1900, il exécute pour la section « le théâtre et le spectacle » une petite scène machinée dans laquelle apparaissent deux décors, une place publique et un intérieur d’église, dont le changement se fait à vue.
Il met fin à sa collaboration avec l’Opéra en 1909.
Le 26 février 1912 au soir en accomplissant sa promenade habituelle, il ne revient pas au logis, sa famille s’inquiète, court à sa recherche et après plusieurs heures d'angoisses, elle apprend qu'il a été trouvé inanimé, gisant sur un banc.
Il avait 76 ans.
